02 décembre 2016

La quête du 100 %, ou comment j'ai flirté avec le burn-out maternel

Je suis une fille "100%". Je fais parti de ces gens dit "perfectionistes". Je ne suis pas du genre à me jeter tête baissée dans un projet, je réfléchis longuement avant de me décider. Mais si je choisi de le faire, je le fais à fond.

Aussi, le choix de la maternité a été plus que mûrement réfléchi. Adolescente, déjà, je savais que je voudrais des enfants, que je les voudrais tôt et que si je devais mettre des êtres humains au monde, ce serait pour le faire bien. Mais qu'est-ce que ça veut dire au juste bien faire quand on est parent ? La question est tellement vaste qu'elle donne le tournis. Aussi, comme à chaque fois que je décide de faire quelque chose, je me suis appliquée, en bonne élève, à me renseigner sur le sujet. J'ai regardé des émissions sur la parentalité bien des années avant de rencontrer celui qui deviendrait le père de ma progéniture, j'ai lu beaucoup, jusqu'à trouver quelque chose qui me parle. Lorsque j'ai découvert l'éducation non violente / bienveillante / positive (quelque soit le nom qu'on lui donne), j'ai été convaincue que c'est ce que je voudrais mettre en place pour mes enfants à venir. Je me suis nourrie d'Isabelle Filiozat, Catherine Gueguen, Thomas Gordon, et autres grands noms de ce courant...

Quand mon fils est né, et même avant sa naissance, je lui répétais que je ferais de mon mieux pour lui donner le meilleur. J'ai naturellement choisi de changer d'activité professionnelle pour faire quelque chose qui me permettrait d'être le plus souvent possible à la maison avec lui. Et s'il y avait des moments plus durs que d'autres, j'étais plutôt fière de moi en tant que mère et de nous en tant que parents. Mais si je sais que la perfection n'existe pas, j'ai tendance à croire que tout est perfectible. Et donc, je cherchais toujours à m'améliorer en tant que maman.

Quand ma fille est arrivée. Forcément ça c'est compliqué. Comment continuer à être autant disponible pour mon ainé encore petit et répondre aux besoins immenses de mon nouveau-né tout en gérant le quotidien, en préservant ma vie de couple et en maintenant une vie sociale acceptable ? Rien que de lire cette phrase, j'en attrape mal à la tête ! Pourtant, mon désir de bien faire, la quête du 100 % m'ont poussé à essayer tant bien que mal à y arriver. Et comme, je suis ainsi pour à peu près tout ce que je fais, il était évidemment hors de question de lâcher du leste sur le 100% fait-maison non plus...Et ce, même si a 18 mois ma fille me réveillait encore plusieurs fois par nuit (j'en parlais ici)...

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La vérité, c'est que durant 18 mois, je me suis épuisée.

J'ai commencé à me poser des questions sur ce qu'il m'arrivait au mois de juillet. Cela faisait déjà plusieurs mois que je me sentais très fatiguée, pas un jour ne se passait sans que je me dise au moins une fois "si seulement je pouvais dormir un peu". Mais avec les vacances scolaires et donc, deux enfants en permanence à la maison, cela s'est vraiment intensifié. D'autant que tous nos week-ends étaient accaparés par des invitations à des anniversaires, mariages, ou autre événements bookés des mois à l'avance et difficilement annulables nous obligeant à nous coucher tard et faire de la route...J'ai commencé à devenir de plus en plus irritable, principalement avec l'Amoureux car j'employais toute mon energie à garder mon calme durant la journée avec mes petits pois.

Le mois d'août à été salvateur. Enfin des vacances. Enfin, je n'étais plus seule face à mes enfants. Durant toutes nos vacances, je me suis sentie soulagée et heureuse...Mais plus la rentrée approchait, plus mes angoisses revenaient. Mon amoureux allait repartir au travail et de mon côté la valse du quotidient, si éreintante, allait reprendre...

Au mois de septembre, j'ai eu la sensation de couler tout doucement. Je me suis surprise à crier sur les enfants de façon de plus en plus régulière. Et surtout, je ne ressentais presque plus aucune joie à m'occuper d'eux. Et je culpabilisais. TOUT LE TEMPS. Je me réveillais chaque matin en pensant "Oh non, pas déjà" et je m'endormais chaque soir en me demandant comment j'allais faire le lendemain. Je me repassais le film de mes journées en me disant que j'aurais du faire ceci ou réagir comme cela et je me sentais chaque jour un peu plus nulle, un peu moins sure de moi, me promettant néanmoins de faire plus d'efforts le lendemain.

Voilà, moi, jeune maman créative de deux adorables petits pois, maternante, pratiquant autant que faire ce peut l'éducation non-violente et écolo convaincue, je me suis épuisée dans la quête du 100%.

J'ai lu un article du blog Seinplement pour moi qui a largement inspiré mon titre et qui parle du deuil du 100% à faire lorsqu'un deuxième enfant arrive. Je me suis tellement reconnue dans ce témoignage ! Je vous l'avoue, en le lisant j'ai pleuré à chaudes larmes... En voici un passage :

"J’ai voulu mourir la première fois où, tout à coup, un comportement m’a fait lever le ton. Pas juste un ton ferme, non, le ton d’une mère qui veut protéger son bébé ou qui est juste trop épuisée pour être empathique aux émotions de son bambin. Une mère qui ne gère plus ses propres émotions. Ensuite, il y a eu la culpabilité. Non seulement je criais, mais en prime je n’étais plus autant disponible. "

L'arrivée d'un nouvel enfant dans la famille signifie aussi faire le deuil de ce qui a été avant pour pouvoir trouver un nouvel équilibre.

Attention, je n'accuse en rien les preceptes de l'éducation que j'ai choisi de donner, ni ne remet en cause le bien fondé d'un mode de vie plus sain pour soi et pour la planète. Mais, à trop vouloir bien faire, je me suis perdue. Ne dit-on pas que le mieux est l'ennemi du bien ?

Ce que j'ai oublié en chemin, c'est que pour pouvoir prendre soin des autres avec bienveillance, il faut commencer par soi-même.

Heureusement, je suis bien entourée. J'ai un amoureux formidable qui a vite remarqué que ma fatigue se transformait en quelque chose de plus profond et qui m'a accompagné du mieux qu'il a pu vers un "aller mieux". Et de mon côté, j'ai pris conscience que trop c'est trop. J'ai pris le temps de me reposer, j'ai passé des après-midi à faire la sieste, des week-ends entiers sans m'occuper des enfants, j'ai refusé des invitations et j'en ai accepté d'autres, je suis retournée au ciné avec des copines, au resto...des choses simples mais que je ne faisais plus depuis la naissance de Lizon. J'ai remis en question mon mode de fonctionnement et mes désirs irréalistes concernant la maternité (ou du moins j'essaye, ces choses là ne se font pas du jour au lendemain...). Aujourd'hui je me sens bien mieux et je me plais à croire que cet épisode est derrière moi. Même si je me sens encore fragile, j'aspire à plus d'indulgence envers moi-même, à plus de lacher prise... A ce sujet, la lecture de cette article écrit sur le blog Maman bienveillante m'a fait un bien fou ! Je vous invite à aller y jetter un oeil...

Si j'écris cet article "témoignage" aujourd'hui, c'est parce que je trouve que le travail des parents (et encore bien souvent surtout celui des mères) est paradoxalement à la fois soumis à une pression de dingue et  à la fois sous-estimé voire méprisé. Lorsqu'un parent, le plus souvent une mère, se plaint de ses journées fatigantes elle ne trouve que très rarement une oreille attentive et soutenante. On lui répond qu'elle les a bien voulus ses enfants, ou qu'elle n'a qu'a faire ceci ou cela, ou on l'ignore en lui répondant "ben dis donc qu'est-ce que ce serait si tu travaillais" / "m'en parle pas, au boulot pour moi aussi c'est la folie en ce moment" ou encore "Eh oui, j'ai eu des enfants moi aussi, chacun son tour" (speciale dédicace à mes parents)... Rares sont les personnes qui m'ont entendues et dit simplement "je comprends, c'est très dur d'élever des enfants". On se sent alors très seule, isolée, se demandant pourquoi les autres y arrivent et pas soi. Le manque de reconnaissance évidente pour ce que l'on fait au quotidien et cette solitude contribue largement à ce mal-être et cette fatigue psychologique (qui s'ajoute à la fatigue physique).

Donc, pour conclure, je voudrais dire à toutes les mamans (et à certains papas) qui flirtent eux-aussi avec le burnt-out, que non vous n'êtes pas seul-e-s à pédaler dans la semoule, à avoir l'impression de ne pas y arriver. Et que non vous n'êtes pas nuls, vous avez justes besoin de repos et d'être soutenus. Parfois faire aveux de faiblesse c'est aussi faire preuve d'un grand courage et demander de l'aide n'est pas une honte.

Je vous laisse avec un autre témoignage en vidéo...et vous avez-vous déjà ressenti cet épuisement ? comment en êtes-vous sorti ?